L'AMOUR POUR UN MARCHEUR DE RUE
Crayon, mine de plomb, crayon sur papier.
Dimensions : (H) 76 x (L) 56 cm.
Portrait séduisant d'une prostituée d'Edo se pressant dans les rues. Elle porte un kimono noir par-dessus des couches de kimonos colorés, en glissant sa main dans le "obi" à sa taille. Un foulard blanc est drapé sur sa tête, le bord coincé entre ses dents, et des mèches de cheveux lâches encadrent son visage. Le contraste est impressionnant entre le kimono noir et le jaune-orange des cols, des manches et du "obi", équilibrant la composition par le rose pastel de l'écharpe qui couvre la tête de la jeune femme.
Cette image fait partie de la série "bijin-ga", Pretty Women, dessinée par Mario BGil, d'après la gravure sur bois d'Utamaro "Love for a street-walker" (1795), 37,2 x 24,6 cm. Le musée britannique. Londres, Royaume-Uni.
L'artiste reproduit le sceau du censeur (Kiwame) et de l'éditeur original ("Tsutaya", feuille d'escalade), entre les deux, la signature de Mario BGil écrite en japonais, avec la date 14 (2014).
Les dimensions du dessin sont de 76 x 56 cm. (29,92 x 22,05 in.), avec une surface peinte de 67 x 49,5 cm.
Avec son travail sur la série "bijing-ga", Mario BGil a voulu embellir, donner de l'éclat et du volume aux images présentées par l'artiste japonais Kitigawa Utamaro dans ces magnifiques gravures, ennoblies par la patine du temps, qui lui ont servi d'inspiration. Le résultat obtenu est celui de portraits presque grandeur nature, dotés d'un chromatisme fort et de contrastes précieux, le tout rehaussé par le volume apporté par le poids et la rigidité du papier, ainsi que par sa texture épaisse (Fabriano Artistico "grana grosso", 640g/m2 ; l'épaisseur et la dureté du papier imposent de le transporter sans le rouler).
Mario BGil rend ainsi hommage à l'artiste qu'il admire et nous offre une vision nouvelle et enrichie de cette facette populaire de l'art oriental des XVIIIe et XIXe siècles.
À PROPOS DE L'ARTISTE
Mario BGil est un artiste autodidacte qui, depuis des années, combine son activité créatrice avec son travail dans l'entreprise familiale, loin des galeries d'art commerciales. En 2012, un profond intérêt pour l'art oriental s'est éveillé en lui et il a commencé à étudier les grands maîtres de l'estampe japonaise Ukiyo-e, qui ont eu une telle influence sur l'avant-garde européenne de la fin du 19e siècle.
La découverte de Kitagawa Utamaro (1753-1806), figure clé de la culture métropolitaine d'Edo (aujourd'hui Tokyo) et point de référence dans l'histoire de la gravure japonaise, a signifié pour MEAN un changement de cap causé par l'impérieuse nécessité d'étudier ses images, de les recréer et de se recréer en elles, en incorporant certains changements tant dans le format que dans la technique utilisée.
La technique utilisée par MBG est très différente de celle des gravures avec des blocs de bois imprégnés d'encres de couleurs intenses qui servent de modèle. Sur un papier de fort grammage et de texture épaisse, Mario BGil trace les contours au crayon noir et colore les espaces aux crayons et à l'aquarelle. Face à l'intensité des couleurs des estampes (déjà très perdues pour certaines d'entre elles en raison de leur âge et de leur exposition au soleil), leurs dessins sont tamisés par le blanc strié, dû à la texture épaisse du papier, montrant plus de lignes, des tons doux et plus chauds, donnant de la couleur aux fonds mais laissant en blanc tous les volumes correspondant à la peau, conférant ainsi aux figures une sérénité classique qui transcende leur caractère oriental.
Entre 2014 et 2015, Mario Making Works a réalisé plus de 35 dessins d'après les estampes sélectionnées parmi l'énorme quantité d'œuvres produites par le maître Utamaro qui montre des images de courtisanes dans différentes attitudes et poses qui mettent en valeur la subtile délicatesse de la beauté féminine orientale.
Kitagawa Utamaro était un fidèle représentant des goûts de la bourgeoisie japonaise de son époque, qui avait transformé la vie des villes en donnant naissance à une culture parallèle à celle des officiels et des aristocrates.
L'activité du nouveau groupe montant se déroule dans des quartiers particuliers d'Edo (Tokyo) et d'Osaka et sa banalité, son inconsistance et sa frivolité lui valent le nom d'Ukiyo : " monde flottant " ; un monde qui va privilégier une série de manifestations culturelles beaucoup plus populaires et moins intellectualisées que celles préférées par la noblesse. Les nouveaux quartiers regorgent de bordels et de spectacles que les classes supérieures jugeront vains, et une nouvelle race de héros : lutteurs de sumo, chanteurs, acteurs et courtisanes viendront régner sur ce " monde flottant. "
Face à la peinture traditionnelle, le timbre surgit avec des images de ce nouveau monde. Les courtisanes des quartiers de plaisir d'Edo que dépeint Utamaro, n'apparaissent pas toujours parfaitement habillées pour recevoir le client, mais sont surprises en train de se préparer, ou pendant la journée. Il les observe sans être vu, les espionne dans leur travail quotidien et intime. Toutes sont des femmes dessinées dans un style similaire, avec des visages allongés, des nez droits et délicats (presque une seule ligne) et d'autres caractéristiques réduites à une simple suggestion (la bouche, un petit papillon rouge).
L'importance qu'elle a eue pour les artistes européens postérieurs (Dega, Toulouse-Lautrec, Bonnard, Gauguin, Van Gogh...) a été grande et Mario Artistics n'a pas pu échapper à la recréation de ces images si classiques et, en même temps, si actuelles, en rendant clairement hommage à son créateur d'origine.