Elsie, Emma et Marjorie, « Second Stone »
(Marjorie, Emma et Elsie)
Titre inscrit au crayon sur l'estampe : « Three Girls »
Lithographie, 1921
Signé au crayon par l'artiste et par son imprimeur, Bolton Brown (voir photos)
Titre alternatif « Three Girls » écrit au crayon, au centre de la marge inférieure (voir photo)
Edition : 64
On y voit Elsie Speicher, Emma Bellows et Marjorie Henri ; leurs maris sont visibles à l'arrière-plan.
État : très belle impression. Trace de ruban adhésif sur le bord supérieur. Tache brune sur le cou d'Elsie, fréquente sur les impressions réalisées sur ce papier chine.
Dimensions de l'image : 11 1/4 x 13 3/4 pouces
Dimensions de la feuille : 12 2/3 x 15 3/8 pouces
Référence : Mason 104
Provenance : V.I.I.. Allison & Company (label)
George Bellows (1882-1925)
Elsie, Emma et Marjorie, « Second Stone » (également connu sous le nom de « Marjorie, Emma et Elsie »), 1921
Lithographie, deuxième pierre ; imprimée par Bolton Brown ; tirage de 64 exemplaires (Mason 104)
Parmi les lithographies intimes les plus raffinées de George Bellows consacrées à la vie familiale, *Elsie, Emma et Marjorie, deuxième pierre* (1921) occupe une place centrale dans la dernière période de la carrière de graveur de l'artiste. Réalisée au cours des cinq dernières années de sa vie, période d'une extraordinaire fécondité, cette estampe s'inscrit dans la remarquable série de portraits de famille et d'images de son cercle artistique le plus proche créée par Bellows. Contrairement aux scènes de boxe spectaculaires, au réalisme urbain et à la critique sociale qui ont fait de lui l'un des peintres phares de l'Ashcan School, cette lithographie révèle Bellows sous les traits d'un observateur perspicace de l'amitié, de la vie familiale et de l'intimité psychologique. Cette œuvre témoigne de sa maîtrise parfaite de la lithographie et de sa capacité à transformer une simple réunion entre amis en une composition d'une élégance remarquable et d'une grande intensité émotionnelle.
Cette œuvre représente trois femmes qui ont joué un rôle central dans la vie personnelle et artistique de Bellows. Au centre, assise, se trouve son épouse, Emma Story Bellows, flanquée d'Elsie Speicher, épouse du peintre Eugene Speicher, et de Marjorie Henri, épouse de Robert Henri, professeur de Bellows et ami de toujours. Derrière les femmes, Bellows intègre subtilement les trois artistes eux-mêmes — Bellows, Henri et Speicher —, qui se tiennent là presque comme des silhouettes fantomatiques, transformant ce qui semble au premier abord être un simple portrait en une célébration discrète de l’une des amitiés artistiques les plus importantes de l’art américain du début du XXe siècle. La composition fait ainsi office à la fois de portrait, de document familial et d’histoire visuelle du cercle de l’École d’art de New York.
Place dans la carrière lithographique de Bellows
L'année 1921 marque l'apogée de la carrière de Bellows en tant que lithographe. Après s'être lancé dans cette technique en 1916, il s'est rapidement rendu compte que la lithographie offrait des possibilités expressives que ni la peinture ni le dessin ne permettaient d'atteindre. Sa collaboration avec le maître imprimeur Bolton Brown revêtait une importance tout aussi grande, car c'est grâce à l'expertise technique de ce dernier que Bellows a pu explorer des effets tonaux de plus en plus sophistiqués et l'impression à pierres multiples.
Cette œuvre fait partie d'une série exceptionnelle réalisée en 1921, qui comprend *Ma famille*, *Emma, Elsie et Gene*, *Emma et Marjorie sur un canapé*, ainsi que plusieurs portraits d'Emma Bellows et de la famille Speicher. Dans leur ensemble, ces gravures montrent que Bellows s'est détourné du spectacle public pour se consacrer à des sujets profondément personnels. Plutôt que de représenter des sportifs, des ouvriers ou des foules urbaines, il s'est concentré sur les personnes qui formaient son cercle affectif le plus proche.
Ce changement ne doit pas être interprété comme un recul par rapport au modernisme. Au contraire, Bellows a transposé dans ses scènes de vie domestique la même immédiateté psychologique et la même vitalité compositionnelle qui caractérisaient ses tableaux de l'école Ashcan. Les images qui en résultent restent indéniablement modernes par leur caractère informel, leurs cadrages décalés et leur regard spontané.
Lauris Mason a répertorié « Elsie, Emma et Marjorie, Second Stone » sous le numéro 104 du catalogue raisonné, le considérant comme l'une des principales compositions à plusieurs personnages de la période lithographique de maturité de Bellows. Emma Bellows avait auparavant inclus cette estampe dans son catalogue de référence de 1927 consacré aux lithographies de son mari, ce qui témoigne de l'importance qu'elle revêtait aux yeux de l'artiste lui-même dans sa conception de son œuvre graphique.
La signification de la deuxième pierre
Le terme « deuxième pierre » va bien au-delà d'une simple description technique. Bellows révisait fréquemment ses lithographies en reportant ses compositions sur d'autres pierres, ce qui lui permettait de repenser le dessin, de renforcer les passages tonaux et de clarifier les relations spatiales.
Par rapport à la première pierre, la composition de la deuxième version se caractérise par une plus grande richesse de modelé, une profondeur atmosphérique accrue et une relation mieux intégrée entre les femmes assises et les personnages en arrière-plan. Le savoir-faire de Brown en matière d'impression a su préserver le trait énergique au crayon lithographique de Bellows, tout en produisant des noirs veloutés et des tons intermédiaires délicats qui se rapprochent de la richesse visuelle du fusain.
Cette estampe témoigne de la prise de conscience, par Bellows, que la lithographie n'était pas seulement un moyen de reproduction, mais qu'elle était intrinsèquement créative. Chaque pierre successive est devenue l'occasion de réinterpréter le motif d'origine plutôt que de se contenter de le reproduire à l'identique.
Analyse formelle
La composition présente un équilibre structurel remarquable. Emma Bellows occupe le centre visuel, apportant une stabilité psychologique, tandis qu'Elsie et Marjorie créent un mouvement rythmé sur le format horizontal. Leurs poses entrelacées créent une composition triangulaire intime qui rappelle les portraits de groupe de la Renaissance, tout en conservant une atmosphère résolument moderne.
Bellows oppose avec brio des traits du visage observés avec une grande précision à des passages où les drapés et le mobilier sont rendus avec plus de liberté. La hiérarchie qui en résulte attire immédiatement le regard du spectateur vers les expressions et les gestes, avant de lui permettre d'explorer les harmonies tonales environnantes.
L'aspect le plus captivant de cette composition est sans doute sa subtilité psychologique. Aucune de ces femmes n'interagit directement avec le spectateur. Leurs regards se croisent ou s'égarent au-delà du plan de l'image, suggérant une conversation en cours, interrompue seulement un instant par l'artiste. Plutôt que de faire poser ses modèles de manière formelle, Bellows saisit ce qui semble être un moment de vie authentique.
Les silhouettes masculines floues à l'arrière-plan agissent presque comme des souvenirs ou des échos. Elles plantent le contexte historique sans chercher à attirer l'attention sur elles, soulignant ainsi que le véritable sujet réside dans la complicité entre ces femmes plutôt que dans la notoriété de leurs maris artistes.
Interprétation psychologique et sociale
Bien que Bellows soit souvent salué pour ses sujets masculins — combats de boxe, dockers et chantiers urbains —, ses lithographies consacrées à la vie domestique révèlent un aspect tout aussi important de sa personnalité artistique. Ils font preuve d'une sensibilité extraordinaire envers leurs relations avec les femmes et au sein de leur famille.
Cette estampe témoigne également du remarquable réseau social qui entourait Robert Henri, dont les élèves et les collègues ont profondément marqué le réalisme américain au début du XXe siècle. Eugene Speicher, Bellows et Henri formaient l'un des cercles artistiques les plus influents de l'époque, tandis que leurs épouses entretenaient des liens d'amitié tout aussi durables. Par conséquent, la lithographie constitue un document historique inestimable sur les relations humaines qui ont nourri le modernisme américain.
L'atmosphère est particulièrement dépourvue de sentimentalisme. Bellows n'idéalise ni ne romantise ses personnages. Au contraire, il met en scène des femmes intelligentes et sûres d'elles, dont l'individualité est mise en valeur par de subtiles nuances dans leurs expressions et leurs postures.
L'œuvre graphique de Bellows
En 1921, Bellows avait déjà développé un langage lithographique qui lui était propre. Contrairement à nombre de ses contemporains qui privilégiaient une description linéaire précise, Bellows a su exploiter les possibilités picturales du crayon lithographique. Les formes émergent de masses de tons plutôt que de simples contours, donnant naissance à des images dotées d'une vitalité extraordinaire.
On ne saurait surestimer l'influence de Bolton Brown. La maîtrise technique de Brown a permis à Bellows d'obtenir des effets d'une richesse exceptionnelle tout en conservant la fraîcheur du dessin original. Leur collaboration figure parmi les partenariats artiste-imprimeur les plus fructueux de l'histoire de la gravure américaine.
Les gravures de vie privée réalisées en 1921 témoignent, dans leur ensemble, de la conviction de Bellows selon laquelle les sujets intimes méritaient d'être traités au même titre que ses célèbres scènes publiques. Aujourd'hui, de nombreux spécialistes considèrent ces lithographies familiales comme faisant partie des œuvres les plus profondes sur le plan psychologique de sa carrière graphique.
Fonds du musée
L'importance de l'œuvre « Elsie, Emma et Marjorie, Second Stone » se reflète dans sa présence dans les collections des plus grands musées américains, notamment :
• Galerie nationale d'art (Collection Paul Mellon ; n° d'inventaire 1983.1.86)
• Musée d'art moderne (don d'Abby Aldrich Rockefeller ; édition limitée à 64 exemplaires)
• Le Metropolitan Museum of Art, qui possède l'impression étroitement liée à celle-ci, répertoriée sous le titre « Marjorie, Emma et Elsie » (1971.514.1).
• Le Musée d'art du Delaware, où l'œuvre est accompagnée d'une notice explicative présentant les modèles et leurs liens artistiques.
Bourse d'études
Parmi les principales références scientifiques, on peut citer :
• Emma S. Bellows, *George Bellows : Ses lithographies* (1927), le premier catalogue de référence publié peu après la mort de l'artiste.
• Lauris Mason, *Les lithographies de George Bellows : un catalogue raisonné* (1977), édition révisée (1992), n° de catalogue 104, l'ouvrage de référence incontournable sur les estampes de Bellows.
• « Charles Brock, George Bellows » (National Gallery of Art, 2012), qui replace la production graphique tardive de Bellows dans le contexte plus large de l'évolution du modernisme américain.
Conclusion
Elsie, Emma et Marjorie : « Second Stone » figure parmi les plus beaux exemples de l'œuvre lithographique de George Bellows à maturité. Si ses scènes de boxe et ses sujets urbains ont révolutionné le réalisme américain, ces portraits de famille intimistes révèlent une autre facette de son génie : sa capacité à dépeindre l'amitié, l'affection et la complexité psychologique avec une extraordinaire économie de moyens. Cette estampe allie une composition sophistiquée, une technique lithographique magistrale et une profonde compréhension de la nature humaine, ce qui en fait l'une des œuvres phares de la fin de carrière de Bellows. Cela montre que ses plus grandes réalisations en tant que graveur ne se limitaient pas à des récits publics spectaculaires, mais s'étendaient tout autant à la dignité sereine de la vie familiale, où les relations personnelles devenaient des œuvres d'art américaines intemporelles.