Jacques Rouby
Jacques Rouby est né à Gourdon (Townes) en 1953 et est décédé en janvier 2019 à Souillac, ville où il vivait et travaillait. Il s'est d'abord consacré au dessin, devenant un temps caricaturiste à Paris en 1981-1982 (Beaubourg), puis a régulièrement séjourné à Collioure où sa vocation de peintre s'est éveillée.Installé définitivement à Souillac en 1997, il s'est livré à toutes sortes d'expérimentations sur des éléments de son œuvre, allant même jusqu'à en détruire certains. En 2007, son atelier a subi d'importants dégâts des eaux et toutes ses œuvres, représentant 30 ans de travail, ont failli être perdues. Une partie a été sauvée grâce aux efforts de ses amis, dont Jean-Pierre Michele, poète et éditeur du " Noeud des Miroirs ", qui a publié un Manifeste à cette occasion.Un grand nombre de pièces en carton sculpté ont ensuite été stockées chez son frère Michel à Cahors, où elles sont restées jusqu'en 2012. La même année, Jacques Rouby entre en contact avec la Galerie La Ralentie, qui le représente désormais à Paris. Il a laissé derrière lui une œuvre importante. Bien que réticent à montrer ses œuvres, il a tout de même participé à plusieurs expositions. Jacques ROUBY, l'esthétique du mystère " Rêveur expérimental, passionné d'aventures graphiques, délibérément marginal, Jacques Rouby s'immerge dans les abîmes d'une inspiration flottante et d'une intuition incontrôlée. Le hasard est à l'honneur et les accidents sont les bienvenus. Dans une interview, Jacques Rouby parle de " l'intervention du hasard, qui est mon maître (sic) ". Ailleurs, il dit : "quelque chose apparaît et je peux intervenir mais pas toujours... je ne calcule pas". Finement colorées, ses planches sculptées sont balafrées, ponctuées d'abrasions, griffées, grattées, scarifiées, criblées d'éclats d'agrafes... Cratères, lave, érosion, sédimentation de plaques, le regard se projette sur des topographies insolites, suggérant des vues aériennes de planètes inconnues, des déviations extraterrestres, ou des terres vierges issues d'explorations sous-marines. L'imagination est invitée à un dépaysement total... On pense aux texturologies de Dubuffet, à ses inventaires de matériaux, espaces non inventoriés, ignorés des cartes, proches voisins de l'infini turbulent d'Henri Michaux ou de son voyage en Grande Garabagne. Rouby vit à la manière de Michaux, dans un pays imaginaire qu'il prend aussi plaisir à créer presque sans s'en rendre compte. Je vis mon art comme un voyage", déclare-t-il dans une interview. Faire et défaire" enseigne la philosophie zen. Jacques Rouby a réalisé des milliers de dessins, entassés dans son Studio et victimes à deux reprises d'inondations soudaines. La catastrophe a été accueillie avec une étonnante philosophie par l'artiste, qui estime que la deuxième phase de son travail est la destruction. Cette notion doit être prise dans le sens où Léonard de Vinci a encouragé l'inspiration à partir des taches d'un vieux mur abîmé par le temps. 'Personnage passionnément amoureux de l'incognito, l'art est toujours là où on l'attend le moins', écrivait Jean Dubuffet. Rouby est un artiste de l'infiniment petit, un infiniment petit riche d'une vie trépidante. Une approche qui contribue à une esthétique du mystère. "Xavier Bureau, 2025