Né dans le sud de la France en 1926 et élevé par des parents très stricts, Jean Sanglar n'avait pas le droit de jouer avec des camarades du même âge.
Véritablement doué, il dessinait fréquemment lorsqu'il était jeune, mais ses parents n'ont pas reconnu son potentiel ; il n'était considéré que comme un passe-temps et ne faisait sûrement pas partie du plan d'éducation des parents.
Adolescent timide, Jean quitte le domicile familial pour suivre des études de droit à Aix en Provence, qui le mèneront à une carrière au ministère de la Marine à Paris.
Paris : le rêve devenait réalité, visites de musées, quartiers pleins de galeries, tout pour s'ouvrir au monde de l'art ! Tous les jours, après le travail, Jean passait tout son temps à peindre et à dessiner tout seul.
Solitaire, discret et réservé, il ne parlait pas de son art, là où se trouvait sa liberté et où il pouvait enfin exprimer son imagination fertile et se libérer de l'oppression dans laquelle il avait grandi.
Poli et doux, il a trouvé dans cette approche créative la liberté d'exprimer tout le côté excentrique et ingénieux de son monde intérieur.
La rigueur était la pierre angulaire de ses constructions, constamment conscient de l'espace, il gérait l'utilisation des couleurs d'une manière très spécifique, les disposant harmonieusement dans des plans géométriques plats.
Le burlesque était la dimension de cet univers : théâtre de ses créations fantasmagoriques où se déroule la représentation d'une humanité surréaliste et grotesque. Évoluant en phases rapides, ses dessins sont riches de traits de pastel, de traces de couteau ou encore de lames mordant la couche de peinture fraîche. Tourbillonnant parfois, les formes donneront naissance à de mystérieux personnages golems ouvrant leurs orbites profondes en regardant le monde avec des yeux hallucinés.
Des visages étrangement expressifs, des mains gigantesques et des corps blanchissants, des personnages dépeints dans des situations très décalées toujours empreintes d'humour dans un univers fantaisiste qui interroge souvent une liberté débridée.
Certaines pièces évoquent l'holocauste, un monde étrangement imprégné d'illusion d'où surgissent des des corps informes allongés sur la plage sous le soleil, jouant parfois de la clarinette ou de la contrebasse, toujours dépeints par des traits vifs et tranchants qui tourbillonnent et s'emmêlent pour décrire un monde cruellement réel "tragiquement comique" où il visite avec son style personnel les univers d'un Jérôme Bush, d'un Lucien Freud mais aussi d'un Egon Schiele ou d'un Francis Bacon à travers un regard très aiguisé sur le genre humain.
Il a peint toute sa vie, des centaines de tableaux ont été découverts dans son appartement parisien à sa mort en 1996.
Dans les années 1960, il a exposé à quelques reprises à Paris ainsi que dans son Sud de la France natale. Début août 1968, il expose ses œuvres avec l'artiste mondialement connu Pablo Picasso. L'exposition, "Thèmes et Variations", a connu un succès retentissant. À Saint-Tropez, il a également collaboré avec la galerie parisienne Marcus-Durand et a remporté le prix du "Salon Interministériel" décerné par la Ville de Paris.
Aujourd'hui, son œuvre est mise en lumière et nous découvrons un véritable talent, un univers fantasmagorique, et ce monde, il l'a créé librement, sans pression ni sanction : une production pleine de liberté réalisée dans le secret d'une existence artistique véritablement passionnée.