Robert Natkin
Sans titre, 1976
Acrylique sur lithographie sur papier
20 1/2 x 40 pouces
Provenance
L'artiste
Beat Keerl (cadeau de la personne susmentionnée)
Né à Chicago de parents immigrés juifs russes travaillant dans l'industrie du prêt-à-porter, Robert Natkin s'est très tôt découvert une passion pour le cinéma, assistant à des séances plusieurs fois par semaine dès son enfance. L'évasion et la narration visuelle propres au cinéma allaient par la suite influencer sa vision artistique. Après un bref déménagement en famille à Oak Ridge, dans le Tennessee, en 1945, Natkin décida de faire de l'art son métier. Il a suivi des cours à la School of the Art Institute of Chicago de 1948 à 1952, où sa découverte des maîtres postimpressionnistes français, tels que Pierre Bonnard et Henri Matisse, l'a incité à se consacrer à la peinture plutôt qu'à l'illustration. Il a été particulièrement inspiré par l’œuvre de Paul Klee, dont l’imagerie poétique et semi-abstraite a renforcé l’intérêt grandissant de Natkin pour la transmission des émotions à travers l’art. Ses visites au Field Museum de Chicago ont également contribué à façonner son esthétique grâce à sa découverte de l’art amérindien et des textiles péruviens.
Un article du magazine *Life* de 1949 consacré à l'expressionnisme abstrait s'est révélé tout aussi influent. Après de brefs séjours à New York et à San Francisco, Natkin est revenu à Chicago, où il a travaillé à la Newberry Library tout en développant sa pratique artistique. D'abord axé sur des sujets figuratifs, il s'est progressivement orienté vers l'abstraction à partir du milieu des années 1950. En 1957, en collaboration avec sa collègue artiste Judith Dolnick, qu'il épousa la même année, il fonda la Wells Street Gallery dans le quartier d'Old Town à Chicago. La galerie est devenue un lieu incontournable de l'art contemporain, présentant aussi bien des artistes locaux novateurs que des figures de proue de la scène new-yorkaise. Bien que Natkin admirât des peintres tels que Willem de Kooning, il a finalement développé une approche plus personnelle de l'abstraction.
À la recherche de nouvelles opportunités, Natkin s'installa à New York en 1959 et rejoignit l'équipe de la galerie Poindexter. Sa réputation s'est rapidement accrue, grâce notamment à des critiques élogieuses et à sa participation à l'exposition « Americans Under 35 » organisée par le Whitney Museum en 1960. Au cours des années 1960, il a développé une approche de la peinture fondée sur les séries, qui est devenue la marque de fabrique de sa carrière. Ses premières séries, telles que celles de la série « Apollo », exploraient les interactions entre la couleur, la lumière et la structure à travers des bandes verticales et des formes géométriques, tandis que ses œuvres ultérieures, notamment les tableaux de la série « Field Mouse », ont introduit un vocabulaire plus lyrique et plus complexe, inspiré par la poésie, la mémoire et l'exemple de Paul Klee.
À la suite d'une rétrospective organisée au Musée d'art de San Francisco en 1970, Natkin s'est installé dans le Connecticut et a continué à affiner son style caractéristique. C'est à cette époque qu'il a commencé à appliquer de la peinture acrylique à l'aide d'éponges enveloppées dans du tissu ou du filet, créant ainsi des surfaces aux textures riches et des effets lumineux. En 1971, il entama une longue et fructueuse collaboration avec la galerie André Emmerich, où il présenta de nombreuses expositions personnelles. Les séries suivantes — notamment « Intimate Lighting », « Bath », « Color Bath » et « Bern » — ont mis en évidence sa fascination constante pour la couleur, l'atmosphère et la structure décorative.
Au cours des années 1980, Natkin s'est lancé dans la série consacrée à Hitchcock, sans doute l'œuvre la plus célèbre de sa carrière. Inspirées des films d'Alfred Hitchcock, ces peintures alliaient des couleurs vives, des motifs complexes et des compositions soigneusement orchestrées, qui conciliaient beauté, mystère et profondeur psychologique. Tout au long de sa vie, Natkin est resté une figure influente de la peinture contemporaine, exposant régulièrement aux États-Unis, en Europe et au Japon, tout en rédigeant des articles sur les artistes qu'il admirait. Il est décédé en 2010, laissant derrière lui un héritage présent dans les collections des plus grands musées, notamment le Metropolitan Museum of Art, le Museum of Modern Art, le Whitney Museum of American Art et le Centre Pompidou.