Léon Schulman Gaspard
(Vitebsk, Biélorussie, 1882 - Taos, Nouveau Mexique, 1964)
The Musicians
1909
Huile sur panneau
21.5 × 27 cm
Signé, daté et situé "Léon Schulman 1909 Paris" en bas à droite
Intitulé "Les Musiciens" au verso
Né à Vitebsk dans une famille juive de Biélorussie, Léon Schulman reçoit dans sa ville natale ses premières leçons de dessin de la part de son compatriote, le peintre Youri Pen, avant de poursuivre ses études à l'École des beaux-arts d'Odessa entre 1899 et 1904. En 1905, il s'installe à Paris, où il suit brièvement les cours de Marcel Baschet et d'Édouard Toudouze à l'Académie Julian.
Il fait ses débuts au Salon d'Automne entre 1906 et 1912, tout en participant au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1907 puis au Salon des Artistes Français entre 1909 et 1913. L'artiste s'est spécialisé dans les scènes de genre animées, peuplées de foules, de marchés, de fêtes de village et de réjouissances, associant sa sensibilité romantique à une technique picturale moderne inspirée des post-impressionnistes, riche en mouvements, en effets de lumière et en couleurs vives.
Aux côtés de Devambez, Forain, Steinlen et Van Dongen, il participe aux expositions La Comédie Humaine en 1908 et 1911 à la Galerie Georges Petit, qui rassemblent des peintures et des dessins à caractère humoristique ou théâtral. Inscrites dans de luxueux catalogues préfacés par Arsène Alexandre, ses œuvres sont remarquées et saluées par le critique François Monod :
"M. Léon Schulmann-Gaspar [sic] s'affirme comme un illustrateur et un peintre de caractères de tout premier ordre."
En 1908, il épouse l'Américaine Evlyn Adell, convertie à l'orthodoxie, entamant une vie nomade qui le mène de Paris à la Russie puis à New York. Peintre reconnu, il adopte un style de vie plus cosmopolite et ajoute le nom parisien "Gaspard" à sa signature en 1911.
Mobilisé dans l'armée de l'air française pendant la Première Guerre mondiale, il a survécu à un grave accident d'aviation et a passé deux ans en convalescence. En 1918, souffrant encore des séquelles de ses blessures, il s'installe à Taos, au Nouveau-Mexique, où le climat plus chaud s'avère bénéfique. Il s'y lie d'amitié avec le peintre américain William Herbert "Buck" Dunton, fondateur de la Society of Taos Artists, et y reste jusqu'à la fin de sa vie, peignant inlassablement des scènes de village, des souvenirs de Russie et des paysages américains qui rencontrent un grand succès.
Peinte en 1909, à l'aube de sa carrière parisienne, notre petite scène urbaine nocturne est un témoignage poignant du regard à la fois incisif et tendre, parfois mélancolique, que Léon Schulman posait sur ses contemporains. Intitulée simplement Les musiciens, elle transcende la simple peinture de genre en conférant à ses figures les plus modestes la monumentalité des archétypes populaires.
Au cœur de la nuit, deux hommes âgés avancent lentement sur un trottoir parisien. L'un plie sous le poids de son hélicon cabossé, tandis que l'autre, canne en main, le guide d'un geste à la fois ferme et fragile. A leurs pieds, un petit chien noir les suit fidèlement comme un compagnon discret.
Le sol est usé, les corps fatigués, mais la composition reste silencieuse et pleine de dignité. À l'arrière-plan, devant la façade illuminée d'un café, s'agglutinent les silhouettes floues des passants et des derniers fêtards attablés. Ignorés par eux, nos deux musiciens sont pourtant élevés par le regard du peintre.
À son dessin précis, Léon ajoute un coup de pinceau hachuré et vibrant, presque gravé et travaillé avec le manche de son pinceau, qui rappelle parfois le traitement très texturé de Toulouse-Lautrec. Les tons sourds - gris, bruns et verts sales - contrastent avec quelques touches de rouge sur les chapeaux et les fenêtres.
À peine suggéré, le paysage urbain devient une toile de fond théâtrale sur laquelle se détache notre duo saisissant, symbole moderne d'une amitié durable.
Il est à noter que le titre Les Musiciens avait déjà été utilisé par l'artiste pour des œuvres exposées - peut-être le même tableau - au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1907 (cat. n° 1072), et à l'exposition La Comédie Humaine à la Galerie Georges Petit du 2 au 31 décembre 1908 (cat. n° 228).