L.T.S. (Lettre dactylographiée signée) Lettre dactylographiée et signée par Albert Field, sur papier à en-tête à double en-tête, avec en centre « The Salvador Dalì Catalog » et en haut à droite « Compiler Albert Field, 20-25 29th Street, Astoria 5, N.Y. », adressée à la comtesse Anna Laetitia Pecci-Blunt. Daté du 8 mars 1958. Une page (27,8 x 21,5 cm). En anglais. En parfait état, avec les plis habituels du papier. Avec quelques annotations au crayon et à l'encre bleue de la comtesse.
Dans cette lettre, rédigée sur papier à en-tête et dans un style formel, Albert Field, en sa qualité de compilateur officiel de l'œuvre de Dalì, demande à la comtesse de compléter le catalogue en y ajoutant des informations concernant « Instrument masochiste » et « Ossification prématurée d'une gare », œuvres acquises par la comtesse en 1934.
Le contexte :
Alors que l'artiste catalan exposait ses œuvres à la National Gallery de Washington, il a commandé à Albert Field, la réalisation de son Catalogue officiel des œuvres graphiques, un guide destiné aux collectionneurs, marchands d'art, galeristes et musées : un opus magnum retraçant 40 ans de création et comprenant 1 900 illustrations, dont 1 500 en couleur. Albert Field, archiviste officiel de Dalí et plus grande autorité en matière d'œuvre de l'artiste, a découvert environ 17 types de contrefaçons, comme il l'a rapporté au St. Petersburg Times en 1987. Le catalogue avait donc pour fonction de démasquer les faux Dalí disséminés à travers le monde. Néanmoins, Dalí lui-même a réagi au phénomène de la contrefaçon en déclarant : « Quelqu’un qui fait l’objet d’autant de contrefaçons que moi doit vraiment être incroyablement doué. » Un génie excentrique comme Dalí a ainsi trouvé une âme sœur en la personne de M. Field, professeur d'anglais, de sciences et de mathématiques, mais aussi collectionneur de cartes à jouer, passionné de nudisme et de randonnée, et qui a su concilier toutes ses passions en parcourant le sentier des Appalaches entièrement nu. À la vue de « Dream of Venus », une maison des miroirs surréaliste réalisée en 1939 à l'Exposition universelle, puis à nouveau présentée lors de la rétrospective consacrée à Dalí au Musée d'art moderne en 1941, son attirance pour l'artiste catalan devint irrésistible. Ils se sont rencontrés pour la première fois dans les années 1940, et depuis lors, ils se retrouvaient souvent le dimanche à l’hôtel St. Regis, où Field, plein d’admiration, montrait à Dalí des photographies de ses œuvres afin qu’il les examine : s’il détectait des contrefaçons, l’artiste écrivait « falso » (en espagnol) au dos de celles-ci. Ce n'est qu'en 1955 que Dalí a demandé à M. Field de devenir son archiviste officiel, exactement un an avant cette lettre. C'est ainsi qu'une tâche colossale de catalogage fut confiée à M. Field, qui parcourut l'Europe au moins quarante fois à la recherche d'œuvres authentiques de Dalí, afin de déterminer les lieux et les provenances des estampes : une véritable mission qu'il mena à bien jusqu'à la fin de ses jours.
Références :
F. NICOSIA, Dalì, Il Giornale, Milan, 2006, p. 122