Pichet - cruche en grès Art déco de Gilbert Méténier (Gannat), France, années 1910. Superbes cristallisations. Une pièce très réussie. Hauteur : 18 cm, largeur : 24,5 cm, profondeur : 20 cm. Signé "Gannat GMéténier" sous la base (voir photo).
Vers 1917, Gilbert Méténier, céramiste expérimenté, crée avec son père Louis la société Grès d'Art Méténier à Gannat.
Après le décès de son père, le 10 mai 1922, Gilbert Méténier développe plus largement la production de l'usine, qui dispose d'abord d'un seul four qui s'avère insuffisant, puis s'équipe d'un second. Ces fours étaient approvisionnés en bois de chêne de la forêt des Colettes, qui était stocké à proximité des fours, afin d'accélérer son séchage.
Selon les propos recueillis auprès de Madame Bérioux, employée à l'usine Méténier de 1928 à 1939, l'atelier comptait onze à treize ouvriers des deux sexes.
L'argile provenait de la carrière d'Echassières, un site également riche en kaolin expliquant la blancheur de son grès, qui mélangé à l'eau produit une pâte fine. D'abord malaxée par les hommes, la pâte transmise à l'atelier de fabrication, puis à l'atelier de moulage, où la coulée était réalisée dans des moules à pièces. Les formes brutes ont donc été complètement séchées avant la cuisson. Encore blanches, elles ont dû être débarrassées de toutes leurs aspérités dans l'atelier de finition.
Vient ensuite le passage à l'atelier d'émaillage, réalisé principalement au pinceau, avec des oxydes métalliques fournis par Rhône-Poulenc. Cette étape a été particulièrement suivie, avec celle de la création des moules, par Gilbert Méténier lui-même : "Il vivait sa passion pour l'émaillage, la création des couleurs, la cuisson de l'œuvre", toujours selon Madame Bérioux. Parmi les émaux utilisés pour les grès Méténier, on trouve : l'oxyde de cuivre, qui donne du bleu-vert en oxydation et du rouge en réduction, l'oxyde de fer, qui donne du brun-noir en oxydation et du gris allant du bleu au vert, en réduction.
Enfin, les pièces ont été placées dans des fours ronds à quatre foyers. A la sortie des fours, les pièces sont passées en revue, les fonds sont meulés pour éliminer les bavures de l'émail, susceptibles de provoquer des cassures ou des fissures. Après un dernier contrôle, les pièces étaient prêtes à être vendues.
En ce qui concerne le marketing, Madame Bérioux est formelle, il n'y avait pas de catalogue. Les pièces ont été photographiées, séparément ou en groupe, par Jules Faucheux, photographe à Gannat, puis les photographies ont été envoyées soit aux clients, soit aux représentants. En plus des photographies, les représentants avaient à leur disposition des échantillons miniatures, pour représenter les couvertures et les couleurs disponibles.
Les pièces sont envoyées dans les grands magasins parisiens (Le Bon Marché, Le Printemps, La Samaritaine, Les Dames de France), les lieux de tourisme, de pèlerinage, les stations balnéaires et thermales, notamment Vichy et Roanne, avec un grand magasin.
L'usine Grès d'Art Méténier ferme ses portes à l'arrivée des Allemands le 18 ou 19 juin 1940. Gilbert Méténier aurait détruit tous les moules " pour qu'ils ne tombent pas entre les mains de l'occupant" . Il est ensuite allé vivre avec sa famille dans le Var, où nous perdons sa trace.