Secrétaire à abattant de style Louis XVI avec marqueterie d'après Roentgen.
Chêne, loupe de thuya et placage de poirier ébonisé, marqueterie de bois, bronze doré, marbre vert "Campan".
France.
ca. 1880.
142×68×40 cm (55.9×26.8×15.7 in).
La façade de ce secrétaire à abattant de la fin du XIXe siècle est largement dominée par son exceptionnelle pièce de marqueterie à la mosaïque "Commedia dell'Arte", imitant de près celle des commodes les plus célèbres de David Roentgen. Une de ces commodes, autrefois considérée comme le meuble le plus cher du monde, se trouve aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art, à New York ; une autre, de conception identique, est conservée au Victoria and Albert Museum, à Londres. Leur motif de marqueterie central, représentant Arlequin et Anselme, a été conçu par le peintre Januarius Zick et exécuté selon la technique unique de Roentgen, qui rejette l'utilisation conventionnelle de la brûlure ou de la gravure en faveur d'une imagerie composée entièrement de pièces de bois coupées et teintées individuellement. Les dessins d'exécution de ces compositions complexes ont été préparés par le graveur Élie Gervais. La marqueterie sophistiquée du présent secrétaire, qui s'étend sur les côtés avec des trophées élaborés d'instruments de musique, reproduit avec une précision remarquable ce procédé *mosaïque* mis au point dans l'atelier de Roentgen à Neuwied dans les années 1770.
La forme générale de l'œuvre suit celle d'Adams Weisweiler, dont le travail équilibrait la géométrie stricte du style Louis XVI avec les matériaux somptueux privilégiés par le marchand-mercier Dominique Daguerre. Comme dans les chefs-d'œuvre de Weisweiler combinant la laque japonaise, la pietra dura ou les plaques de porcelaine, le présent "secrétaire" réalise une harmonie élégante entre la clarté architecturale et l'ornementation luxueuse. Il repose sur des pieds coniques et des *pieds toupies* typiques de la manière de Weisweiler, reliés par des brancards croisés et centrés sur un magnifique vase en bronze doré, élément architectural à la fois décoratif et structurel. La façade, encadrée de bronze doré finement ciselé, s'ouvre pour révéler une surface d'écriture en cuir teinté vert au-dessus de quatre tiroirs et de compartiments ouverts. La corniche supérieure dissimule un tiroir à ouverture par pression sous un plateau de marbre vert et blanc "Campan" en surplomb, bordé d'une galerie à balustrade en bronze doré.
Bien que non estampillé, ce secrétaire peut être attribué à Alfred-Emmanuel-Louis Beurdeley. Un dessin de l'angle supérieur d'un secrétaire, conservé au musée des Arts décoratifs de Paris, montre une balustrade en bronze doré très proche, identique à celle qui couronne la présente pièce. Beurdeley, qui a succédé à son père Louis-Auguste-Alfred Beurdeley au 20-24 rue Dautancourt, s'est spécialisé dans la reproduction de modèles du XVIIIe siècle avec une précision technique exceptionnelle, souvent à partir de dessins du Garde-Meuble national et de ses propres archives de modèles. Harris excellait également dans le rendu et l'imitation des marqueteries du XVIIIe siècle, par exemple d'après celles du Scandinave Pierre-Harry Mewesen, ce qui donne encore plus de poids à cette attribution.
Deux autres noms viennent à l'esprit, celui du célèbre Henry Dasson, pour la qualité des bronzes qui lui ont valu le surnom quelque peu exagéré de "Benvenuto Cellini du XIXe siècle", et celui de Charles-Guillaume Winckelsen, auquel on a attribué quelques "secrétaires" passés sous le marteau, avec des "balustrades" en bronze doré similaires, bien que LeDoux ne cite aucun "secrétaire" sous le nom de Winckelsen. Le moins prestigieux des trois, et même si ce n'est pas le plus probable, une attribution à Winckelsen permettrait de dater ce bureau de secrétaire au moins de la fin des années 1860, voire des années 1850. Mais que le "secrétaire" soit attribué à Winckelsen ou à Dasson n'a guère d'importance, puisque c'est à Dasson que la veuve de Winckelsen a vendu l'atelier de son défunt mari, y compris les modèles et les dessins, à la mort de ce dernier en 1871.
L'œuvre appartient donc bien au cercle de Beurdeley, avec des parallèles stylistiques avec Dasson et Winckelsen. Sa conception combine le vocabulaire structurel de Weisweiler et l'idiome de la marqueterie de Roentgen, représentant la synthèse de deux traditions du XVIIIe siècle telles qu'interprétées par les plus grands ébénistes parisiens de la fin du XIXe siècle. État exceptionnel. Petit éclat sur le marbre. Une clé.